A+ A A-

Représentant de la Fondation Hirondelle au Mali: Interview de Martin Faye

Faye

 

Martin Faye change de cap. Le doyen des Représentants de la Fondation Hirondelle quitte la Guinée pour le Mali.

Le journaliste sénégalais, l’un des plus anciens cadres de la Fondation Hirondelle, est  depuis le 1er juin Représentant régional de la Fondation pour le Mali et la Guinée avec résidence à Bamako, où se trouve le Studio Tamani.

C’est un peu un retour aux sources : Martin Faye avait contribué au lancement du projet en 2013. Avant son passage au Mali, il avait été chef de projet à Radio Ndeke Luka en Centrafrique, de 2007 à 2012. Avec 9 ans d’activité, Martin Faye est le doyen des Représentants de la Fondation Hirondelle.

L’homme de radio était de passage au siège à Lausanne il y a quelques semaines. L’occasion d’évoquer avec lui sa fonction, la pratique du journalisme et la situation des médias en Guinée.

Fondation Hirondelle: de chef de projet à Représentant national de la Fondation, la manière de diriger les projets sur le terrain a évolué depuis votre arrivée à la Fondation. Dans les faits, qu’est-ce qui a changé ?

Martin Faye: cela fait trois ans que la fonction a changé. Le cahier des charges est plus important. Il comporte non seulement des activités de représentation, mais également de prospection. L’une des tâches principales est la recherche de financements auprès de partenaires locaux pour pérenniser le projet. Aujourd’hui, le Représentant de la Fondation, comme les autres cadres, participe au processus de décision, à la réflexion de la Fondation. Il est consulté. Sur le terrain ? Il dispose d’une autonomie dans la prise de décision. Il porte les valeurs et l’engagement de la Fondation. Qu’est-ce que ça veut dire concrètement ? Sa mission ne se limite pas aux activités propres du projet. Elle consiste d’une part à contribuer au rayonnement de la Fondation en s’appuyant sur un réseautage et, d’autre part, à participer à la réflexion du paysage médiatique en s’intéressant au développement des autres médias dans le pays. Dans la formation professionnelle de jeunes journalistes, Studio Hirondelle-Guinée a l’ambition d’être la locomotive, celle qui tire vers l’excellence, le professionnalisme. Par exemple, nous travaillons actuellement sur le contenu et la forme d’un programme radio en Guinée qui a pour objectif d’être une référence dans le pays. Des journalistes étaient tellement enthousiastes à l’idée de diffuser des journaux en langue nationale qu’ils en ont parlé autour d’eux avant le lancement des programmes.  Alertées, les autres radios nous ont copiés. Cela montre bien l’impact de la présence de la Fondation en Guinée où nous souhaitons également améliorer le professionnalisme des journalistes et des médias en les rendant attentifs aux règles déontologiques.

Déontologie journalistique, liberté de la presse : ces notions existent en Guinée ? 

Il y a des faiblesses dans le monde des médias et des manquements dans le domaine de la formation. Le gouvernement, lui,  montre sa volonté de respecter la liberté d’expression en procédant à une libéralisation des ondes. Le paysage médiatique a ainsi explosé, mais sans encadrement. Plus de la moitié des personnes travaillant dans les médias sont donc entrées par "effraction". C’est-à-dire sans une formation de base solide. Alors quand vous leur parlez de règles, de vérification des sources, de déontologie, elles vous regardent avec de gros yeux, totalement surprises… 

Le paysage médiatique a changé en Guinée. La pratique du journalisme a suivi  le mouvement ?

Il y a de plus en plus une prise de conscience en Guinée. Il existe un syndicat des journalistes depuis un an. A côté, de nombreuses associations de journalistes ont vu le jour pour promouvoir la formation des journalistes. Certaines luttent ouvertement contre la corruption. Cependant, des journalistes sont mal payés, voire pas du tout. En outre, des radios vendent des temps d’antenne aux journalistes, aux animateurs et aux annonceurs. Dans un tel contexte, comment voulez-vous que les règles éthiques, déontologiques soient respectées ? C’est à quoi s’attèle Studio Hirondelle-Guinée de par sa présence dans le pays et en promulguant la charte des droits et devoirs du journaliste. Aujourd’hui, c’est devenu le document de référence dans nos formations. Tout le monde le demande, même les partis politiques. Et surtout c’est l’occasion de rappeler que l’engagement de la Fondation Hirondelle dans la formation des journalistes est une réponse à la demande des autorités adressée à la Fondation Hirondelle.

Quand on est d’origine africaine, est-ce plus facile de travailler en Afrique ?

On pourrait penser que c’est plus facile. Mais non, pas toujours ! En Centrafrique j’étais perçu comme un étranger. En Guinée comme au Mali, l’intégration est plus facile. Etre africain me permet juste de mieux comprendre certaines situations, mais n’enlève pas les critiques, les attaques. J’ai été confronté aux mêmes difficultés que mes collègues européens.

Au Mali, comme dans d’autres pays de la région, il y a des menaces d’attentats. La situation sécuritaire à Bamako est-elle une source d’inquiétude ?

Je connais bien le pays car j’y ai effectué de nombreuses missions comme journaliste et consultant. Par rapport aux attaques djihadistes, en tant qu’africain, je suis certes moins exposé qu’un européen. Il n’empêche qu’il faut veiller à ce que les règles de sécurité soient appliquées par tous, aussi bien sur le lieu de travail qu’à l’extérieur. J’ai aussi participé au lancement de Studio Tamani en tant que chef de projet, durant trois mois. De ce fait, je connais la structure du média, ses objectifs et une bonne partie du personnel. Quels sont les défis? Mettre en place un processus de pérennisation, créer une structure de droit malien, continuer à faire de Studio Tamani un lien social qui unit tous les maliens.