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 Des réfugiés Rohingya en provenance du Myanmar, dans un camp au Bangladesh le 15 septembre 2017. ©AFP / Dominique Faget Des réfugiés Rohingya en provenance du Myanmar, dans un camp au Bangladesh le 15 septembre 2017.

L’accès à l’information : un défi majeur au Myanmar

Alors que la crise des Rohingyas fait la une de l'actualité, et que le travail des journalistes sur place est particulièrement compliqué, Sonny Swe, directeur général et co-fondateur de l’hebdomadaire Frontier Myanmar, décrit l'évolution des relations entre les médias et le pouvoir birman.

Au terme d’un demi-siècle de dictature militaire et deux ans après le retour de la démocratie électorale, comment se porte la liberté de la presse au Myanmar ?
Sonny Swe : La presse est relativement libre. Il y a cinq ans, le gouvernement Thein Sein a aboli la censure avant-publication. Depuis lors, nous avons pu prendre nos décisions éditoriales de façon autonome. Les médias qui souhaitent entreprendre des reportages indépendants et impartiaux sur des sujets importants ont la possibilité de le faire.
Cela dit, de nombreuses menaces pèsent encore sur la liberté de la presse. Plusieurs lois anciennes – et même certaines récentes – sont susceptibles de causer de graves ennuis aux journalistes. La menace la plus importante réside dans la loi de 2013 sur les Télécommunications, qui prévoit une peine de trois ans de prison pour diffamation. Et la liberté est moins grande dans le secteur audiovisuel que dans la presse écrite et en ligne. Le gouvernement contrôle encore étroitement les licences de diffusion, et la plupart des diffuseurs n’osent pas aborder les sujets réputés sensibles.

Dans votre travail d’investigation, rencontrez-vous des résistances du gouvernement ?
L’accès à l’information est un défi majeur au Myanmar. La plupart des membres du gouvernement LND (Ligue nationale pour la démocratie), dont Aung San Suu Kyi, ne parlent presque jamais aux médias. La LND restreint aussi l’accès au Parlement et n’autorise que rarement ses députés à s’adresser à la presse. Quant aux fonctionnaires, ils hésitent encore à donner des informations ou des interviews aux journalistes. Cela génère des décisions difficiles à prendre pour notre rédaction. Par exemple, faut-il attendre de publier un article dans l’espoir de pouvoir y inclure un hypothétique point de vue gouvernemental, ou le publier sans ce point de vue ? Pendant que nous hésitons, les médias d’Etat diffusent la propagande du gouvernement…

Quel peut être l’apport d’un média indépendant comme Frontier à la transition démocratique au Myanmar ?
Comme la LND a la main sur le gouvernement et sur le Parlement, il est difficile de surveiller rigoureusement ses activités. Or les médias et la société civile sont les deux seules entités aptes à contrôler ces institutions. La LND est également attentive à ne rien faire qui puisse altérer ses relations avec l’armée. La société civile et les médias ont donc aussi un important rôle à jouer pour surveiller les activités de cette institution qui reste très puissante au Myanmar.

Depuis 2017, la Fondation Hirondelle met en oeuvre avec son partenaire Frontier Myanmar un programme sur les droits de l’homme financé par l’ambassade des Pays-Bas. Un magazine sera diffusé à partir d’octobre 2017 en podcast. L’émission fera notamment entendre la voix des femmes et des personnes marginalisées, pour contribuer au dialogue national et contrer les stéréotypes négatifs. Les podcasts seront produits et diffusés en partenariat avec un réseau de médias ethniques, en commençant par la région de Magwe et l’État de Rakhine. Cet État est particulièrement important compte tenu des violences actuelles et violations des droits de l’homme visant la minorité ethnique Rohingya.

Cet article est publié dans le numéro d'Automne de notre newsletter "Quoi de neuf", à retrouver dans son intégralité ici .